AASC : retour à l’anormal

Recul du couvre-feu, réouverture progressive des terrasses et des magasins… La France retrouve des airs de « normalité » avant les mois estivaux. Pour les associations agréées de sécurité civile (AASC), cela signifie également une reprise (timide) des activités opérationnelles et des postes de secours. Mais ce qui pourrait être une bonne nouvelle apporte aussi son lot d’inquiétudes.

(c) Sylvain Ley

« C’est encore difficile de se projeter, car les annonces tombent successivement, mais nous changeons clairement de paradigme. » Tanguy Plougoulen, directeur territorial de l’urgence et du secourisme du Morbihan (56) oscille entre confiance et crainte face à ce retour progressif à la normale. A l’approche de l’été, la France quitte graduellement le manteau de restrictions dans lequel elle s’était emmitouflée durant la crise sanitaire. Pour les bénévoles des AASC, cela signifie donc une reprise des activités « de coeur », à savoir l’organisation de postes de secours lors des manifestations. Bonne nouvelle, pourrait-on clamer à première vue… Pourtant, de nombreuses inquiétudes s’installent.

Changement de cap

« Pendant un an et demi, nous avons été en activité très réduite, résume Christian Wax, président de la Protection civile de Moselle. Cela a entraîné des problèmes financiers importants pour de nombreuses délégations. Heureusement, l’aide de l’Etat a permis de garder la tête hors de l’eau. Depuis peu, nous reprenons progressivement les activités de formation, ce qui nous permet d’être rassurés sur le plan financier. » Si ce bilan reste territorialisé, dans la mesure où les situations sont très différentes d’un endroit à l’autre, il n’en reste pas moins que les AASC, qui ont su faire entendre leur détresse pendant la crise, semblent désormais un peu plus sereines qu’il y a un an. Pourtant, cette crise sanitaire est venue chambouler leur organisation. « Cette période de chômage technique a eu un effet catastrophique sur le lien entre nos bénévoles, explique Pascal Fouesnant, président de l’UNASS Loire-Atlantique (44). Dans notre délégation, nous avons chargé une personne d’appeler régulièrement nos « anciens », pour continuer à garder un lien avec eux car nous n’avions plus de nouvelles. »

(c) sylvain Ley

L’arrêt des activités a eu un impact non négligeable sur les effectifs : des estimations officieuses évaluent à 20 voire 30 % de bénévoles qui n’auraient pas repris leur engagement suite à cette crise sanitaire. « A défaut de pouvoir réaliser leurs activités de secouristes, certains de nos bénévoles ont pris l’habitude de faire d’autres choses, ont choisi un nouveau rythme de vie, et je ne suis pas certain qu’on les récupère tous », regrette Pascal Fouesnant. Un constat partagé par Tanguy Plougoulen. « La motivation a changé pendant cette période. Aujourd’hui, il est plus difficile de trouver des disponibilités chez nos bénévoles. Nous allons devoir lever le pied pour la reprise. » Et c’est là que le bât blesse. Face à une potentielle explosion des manifestations pendant l’été, les AASC vont elles pouvoir assurer leurs prérogatives de sécurisation des manifestations ? « La diminution du nombre de bénévoles est nette, confirme Christian Wax. C’était déjà un mouvement en oeuvre ces dernières années, notamment lié aux difficultés rencontrées dans le monde du travail. De plus, nous assistons depuis peu à une aspiration de nos bénévoles ou des candidats par les sapeurs-pompiers, qui risque d’assécher nos réserves ». Les campagnes de recrutement de volontaires menées dernièrement par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, et l’installation progressive de la loi Matras visant à créer des réserves de sécurité civile à l’échelle des SDIS inquiètent clairement les AASC.

Diversification

Assurer l’offre pléthorique des manifestations risque d’être d’autant plus compliqué que les AASC ont dû se diversifier pendant la crise. Les activités de soutien à la population, comme l’accueil dans les centres de vaccination, la mobilisation au sein des cellules de lutte contre l’isolement ou encore les campagnes de dépistage ont beaucoup mobilisé les bénévoles. Les associations y ont surtout trouvé une source de financement non négligeable. « J’ai pris conscience à quel point ces activités pouvaient être lucratives », reconnaît Pascal Fouesnant. Si ce dernier atteste qu’elles ne se feront pas au dépend des activités de secours, notamment auprès de ses partenaires historiques, combien de délégations préféreront peut-être suivre cette voie dorée ? « Ce sont en effet des missions intéressantes sur le plan financier, si on les négocie bien, temporise Christian Wax. A terme, c’est rémunérateur, c’est vrai. Mais attention, ce n’est pas forcément la mission première des AASC et ça ne va pas se reproduire à l’infini, du moins espérons-le. Aujourd’hui c’est intéressant de s’y investir mais ça n’a pas forcément d’avenir. C’est un peu le miroir aux alouettes ». Il est peut être à craindre aussi qu’avec le temps, ces missions soient confiées par les préfets ou les élus avec plus de naturel aux sapeurs-pompiers volontaires, mieux « connus » et particulièrement pugnaces sur ce dossier, et qu’une concurrence larvée s’installe entre bénévoles des associations et soldats du feu. « Il faut être réaliste sur ce genre de projets et faire attention à ne pas baisser la garde sur les DPS », estime Christian Wax.

Si la reprise fait souffler un vent d’allégresse parmi la population, elle peut être signe de nouvelles difficultés pour les AASC. Charge à elles d’en prendre conscience et de s’y préparer, en faisant preuve ici encore de leur capacité d’adaptation et de résilience, déjà énormément mise à contribution ces derniers mois.

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