Loi Matras : la SFMU vent debout

Une conférence de presse était organisée par la Société française de médecine d’urgence (SFMU) le mardi 1er juin, veille de l’inauguration du congrès Urgences virtuel, organisé du 2 au 4 juin. L’occasion pour les professionnels de l’urgence de faire passer des messages alors que la proposition de loi Matras, visant à consolider notre modèle de sécurité civile, a été adoptée à l’assemblée nationale à l’unanimité et en première lecture le 27 mai dernier.

« Pourquoi l’article 3 de la proposition de loi du député Matras présente un réel danger pour l’accès aux soins des patients présentant une urgence médicale ? », interroge en préambule le Dr Agnès Ricard Hibon, past president de la SFMU. Selon le texte adopté à l’assemblée nationale, l’article 3 pose, pour la première fois, une définition de la carence ambulancière, et donne la possibilité de temporiser le vecteur discuté avec le Centre de réception et de régulation des appels (CCRA), pour prioriser les missions présentant un caractère urgent. Il prévoit également la requalification a posteriori d’une intervention en carence, lors de réunions avec les services de l’hôpital siège.

La régulation en danger ?

Or selon le Dr Agnès Ricard Hibon « permettre la requalification des interventions a posteriori c’est dangereux. C’est permettre à des secouristes sans formation médicale de remettre en cause une décision médicale d’engagement des secours. C’est prendre le risque de restreindre l’engagement des secours sur une détresse vitale potentielle. (…) Permettre à des secouristes de remettre en question a posteriori le diagnostic médical d’engagement des secours, c’est nier la pertinence de la régulation médicale… » Cette même régulation médicale du SAMU-Centre 15 qui, lors de la crise sanitaire du Covid-19 a permis, selon les représentants de la SFMU, de mieux orienter le patient dans le système de soins et d’éviter ainsi les files d’attente d’ambulances devant les services d’urgence, telles qu’on a pu les voir dans d’autres pays, à l’image du Portugal, de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Ecosse, et du Canada.  » Au Canada où le système fonctionne sans régulation médicale, avec le 911 comme numéro unique, sur 300 000 appels, il y a 280 000 départs. De même à Baltimore qui fonctionne également avec le 911, 60 % des transports sont injustifiés. »

Quid d’un système sans régulation ?

Quoi de mieux qu’un exemple pour démontrer l’apport central de la régulation médicale ? Un patient appelle le 15 car il souffre d’une gêne respiratoire. Crise d’angoisse ou véritable détresse respiratoire ? En l’absence de régulation, un décroché effectué par un non professionnel de santé s’appuyant dans sa prise de décision sur un algorithme par mots clés conduirait à un départ réflexe par principe de précaution. Un engagement non pertinent si le patient souffre d’une simple crise d’angoisse, et une sur sollicitation des services de secours et d’accueil des urgences (SAU) qui ne serait pas sans conséquence si des moyens venaient à manquer en cas de véritable urgence médicale.

Autre élément en faveur de la régulation médicale, toujours selon les représentants de la SFMU : l’analyse métier santé. Les professionnels du secours recueillant les premiers mots spontanés des requérants, essentiels pour déterminer l’urgence de la situation, ne seraient pas les plus qualifiés pour recueillir ces informations. Seuls les professionnels de santé seraient aptes à ne pas laisser échapper des premières informations primordiales pour la bonne prise en charge du patient.

Un choc de simplification ?

Que se passerait-il si demain le SAMU-Centre 15 venait à disparaitre au profit d’un système organisé autour du 112, numéro unique destiné aux urgences et du 116-117, destiné à la permanence des soins ?  » Avec un tel dispositif, les patients risqueraient de déterminer eux-mêmes leur état et son degré d’urgence. Les patients « angoissés » appelleront le 112 (pour une crise d’angoisse présentée comme une gêne respiratoire), et ceux qui « ne veulent pas déranger » appelleront le 116-117 alors qu’ils ont une vraie détresse sur une palpitation. » 

Malgré des inquiétudes légitimes, il y a fort à parier que le système français ne sera pas demain dépourvu de régulation médicale alors que le Système d’accès aux soins (SAS) est actuellement testé, depuis janvier 2021, auprès de 22 sites pilotes. Le rapport « Pour un pacte de refondation des urgences », remis en décembre 2019, préconisait la mise en place du SAS et… d’un numéro unique dédié aux urgences santé, le 113. Dès lors, chacun aura compris que le débat est loin d’être clos. Une chose est sûre : le besoin de simplification est patent dans un pays qui compte pas moins d’une dizaine de numéros d’urgence…

Retrouvez l’article Débat de Secours Mag consacré au 113 ici

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