En dix ans, la durée de passage aux urgences n’a cessé de s’allonger
A l’arrivée aux urgences l’« embouteillage » que subissent les victimes ne relève ni du mythe ni d’un phénomène passager. Deux études que publie la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) montrent que les durées de prise en charge varient fortement selon les périodes. Elles ont toutes augmenté en l’espace d’une dizaine d’années.
Grâce aux données de l’enquête Urgences de 2023, les chercheurs ont désormais les moyens de décrire, presque minute par minute, les parcours que suivent les patients pris en charge. Au sein de la Drees, deux statisticiens, Elvire Demoly et Thomas Deroyon, nous permettent de mieux comprendre cette réalité qu’ils décrivent dans deux études.
Des passages susceptibles de se prolonger
La première montre que la situation varie, dès l’enregistrement, en fonction de la fréquentation. « Au total, entre l’enregistrement et le début des soins (prise en charge médico-soignante), moins d’une demi-heure s’écoule pour la moitié des patients, mais plus de 2 h 30 pour un sur dix », expliquent les experts de la Drees en prenant comme référence une journée d’activité moyenne. Le pic de congestion intervient en début d’après-midi. Pour 50 % des patients, le passage par les urgences se termine par une sortie, deux heures après leur arrivée. En revanche, ceux qui doivent être hospitalisés attendent parfois longtemps un lit. Plus de 6h10 pour un patient sur dix. C’est surtout le matin que l’attribution d’un lit d’aval prend le plus de temps.
Dégradation des temps de prise en charge
Entre 2013 et 2023, les temps de passage aux urgences se sont globalement dégradés, d’après une deuxième étude. En 2013, la moitié des patients y passait plus de 2h15. En 2023, c’était plus de 3h10. Là encore des grandes disparités existent selon les parcours de soin. Un patient sur cinq transite par les urgences pour une consultation sans examen technique ni soin, ni admission en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), ni autre hospitalisation. Même si la durée de cet accès à la consultation a augmenté de 20 mn en dix ans, ces patients sont ceux qui passent le moins de temps aux urgence (1h35).
Des durées particulièrement longues
En ce qui concerne les parcours avec soins et recours au plateau technique (radiographie, scanner, biologie, etc.) sans admission en UHCD ni hospitalisation à la sortie, ils durent au moins 3 h 55 pour la moitié des patients. Cette durée s’est allongée de 1 h 15 en dix ans.
Cependant, le sort le moins enviable reste lié à l’admission en UHCD. 9 % des patients y sont dirigés pour des examens complémentaires or la moitié d’entre-eux restera plus de 17 h 30 aux urgences. Un laps de temps qui a le plus fortement augmenté : plus 2 h 40 par rapport à 2013.

