Un rapport préconise une mutualisation des moyens aériens entre les forces de l’ordre et les secours
En s’intéressant aux moyens aériens de la Police et surtout de la Gendarmerie nationale, un rapport du Sénat questionne l’organisation des secours. En première ligne, l’emploi des hélicoptères dont la flotte vieillit, au détriment de la disponibilité des appareils.
Les moyens aériens des forces de sécurité intérieure deviennent indispensables pour couvrir le spectre des missions. Leur trop faible disponibilité cependant, apparaissent comme une source de tension opérationnelle. « Il est essentiel de disposer des moyens où il faut, quand il faut. Or, aujourd’hui, seuls trente-quatre des cinquante-cinq hélicoptères de la gendarmerie sont effectivement disponibles, en moyenne annuelle », déplorait lors des auditions, le sénateur Bruno Belin, auteur du rapport. Des défaillances qui s’expliquent notamment par l’âge avancé de certains appareils. Après quarante années de service, les AS 350 Ecureuils, présentent un taux de disponibilité inférieur à 44 %. « En outre, les coûts de maintenance aérienne ont augmenté de manière significative, passant d’un peu moins de 30 millions d’euros en 2021 à plus de 60 millions pour 2026. Nous faisons notamment face à des problèmes de maintenance et de disponibilité des pièces. L’obsolescence est une réalité pour la flotte et les difficultés d’entretien augmentent le risque d’accident », s’inquiète l’élu de la Vienne.
Un renouvellement insuffisant
La première réponse que suggère le rapporteur consiste à accélérer le renouvellement de la flotte. Les appareils plus récents, tels que les EC135 s’avèrent moins souvent défaillants (72,3 % de taux de disponibilité). Le rythme de ces renouvellements ne paraît cependant pas à la hauteur des besoins. Sur les nouveaux modèles d’Airbus Helicopters, une dizaine de H154-D3, réputés pour leur polyvalence, a été commandée or deux unités seulement sont opérationnelles. Quand au H160, de plus grande capacité, deux appareils sur dix commandés ont été livrés.
Mieux mutualiser les moyens
Ces tensions sur les moyens dont disposent les gendarmes, se répercute sur les secours car certaines missions sont communes. En clair, la Sécurité civile et la Gendarmerie peuvent mettre leurs appareils à la disposition l’une de l’autre, selon les circonstances. En 2025, 6 282 heures de vol ont ainsi été mutualisées pour des secours en montagne. Mais la mutualisation se complique en raison de l’indisponibilité des moyens aériens. Des défaillances qui affectent également la flotte de la Sécurité civile. Ses 41 hélicoptères affichent un taux de disponibilité de 66,2 %. Or ses moyens aériens se trouvent eux aussi sollicités avec 14 734 personnes secourues, l’année dernière.
Signer des « contrats capacitaires »
Outre le renouvellement de la flotte, le sénateur prône la signature de contrats capacitaires entre les différentes forces disposant de moyens aériens. Ce document permettrait de mieux encadrer les coopérations qui existent déjà. Une analyse des missions et des niveaux de service attendus déterminerait les missions prioritaires, les objectifs et les délais d’intervention. Le contrat capacitaire formaliserait ensuite les besoins en appareils, en personnels et en soutien. Ce cadre aurait également l’avantage d’équilibrer l’emploi des appareils en recherchant le moyen disponible le moins coûteux. « Un appareil H145-D3 coûte 16 millions d’euros. Le coût d’une heure de vol d’un hélicoptère peut atteindre, toutes dépenses confondues, à peu près 7 000 euros », rappelle Bruno Belin. Pour que ces contrats fonctionnent, les coûts devront faire l’objet d’une grille commune. Il sera également nécessaire de préciser quelles missions pourront ou non faire l’objet d’une substitution de moyens aériens. Au risque, sinon, de susciter de nouvelles tensions sur le terrain.

