Covid-19 et implication des AASC : l’interministérialité, enfin !

Dans la continuité de la pandémie de Covid-19, l’intensité du recours aux associations agréées de sécurité civile (AASC) n’a jamais été aussi durable. En parallèle des déboires qu’occasionne cette crise, il semble cependant que cette dernière force à des adaptations fonctionnelles constructives.

Le professeur Larcan distinguait deux catégories d’accidents catastrophiques : ceux à effets limités (ACEL) et ceux à effets majeurs (ACEM), selon leur ampleur et leurs conséquences. La pandémie de Sars-Cov2 pourrait bien rester, et pour longtemps, l’exemple même de la définition d’une crise majeure, à savoir : « une rupture dans le fonctionnement normal d’une organisation ou d’une société, résultant d’un événement brutal et soudain, qui porte une menace grave sur leur stabilité voire sur leur existence-même ». Mais il est établi que ces crises majeures, aussi dramatiques qu’elles puissent être, sont aussi facteurs de progrès. Les crises dévoilent en effet nos faiblesses, nos incohérences et permettent, grâce à l’intelligence collective, de s’améliorer. Tout porte à croire que ce précepte se vérifie dans le cadre de la crise liée au Covid-19. Du moins pour une partie des organisations, et notamment en ce qui concerne les associations agréées de sécurité civile (AASC).

(c) Sylvain Ley
Un système en silos

Durement mis à mal, notamment dans les premiers temps de la pandémie, le système de secours d’urgence français a d’abord fonctionné suivant la logique verticale « en silos » des ministères concernés (Intérieur pour la sécurité civile : sapeurs-pompiers, AASC…et Santé pour les soins : SAMU, hôpitaux, ambulanciers…). Une nouvelle fois, l’action publique affiche les défaillances de l’interministérialité dans notre pays. Dans le Hors-Série de Secours Mag de juin 2020 (Covid-19, retour d’expérience des soignants en France et dans le monde), Joël Prieur, secrétaire du Conseil national de la protection civile (CNPC), regrettait le manque de synergie entre les différents services de secours, en citant en exemple le caractère « sous-optimal » de la saisine des associations. Dans une lettre adressée le 21 juin 2020 au ministère de l’Intérieur dans le cadre des travaux du Livre Blanc sur la sécurité intérieure, le CNPC, qui s’efforce au niveau national d’effectuer la synthèse du mouvement associatif labellisé par l’Etat, écrivait : « Quinze ans après la loi fondatrice, le CNPC regrette un corpus réglementaire inachevé ». Et la lettre dénonçait un manque criant de coordination entre Intérieur – Santé – Justice.

Une évolution des mentalités

Pilotée par le ministère de la Santé, la crise du Covid-19 a d’abord été gérée avec les forces vives « maison », probablement moins par reflexe corporatiste que par méconnaissance des autres acteurs des secours, notamment des associations agréées de sécurité civile. Mais nos administrations savent (parfois) reconnaître leurs erreurs, ou du moins apprendre de ces dernières. L’investissement massif des bénévoles des AASC au plus fort de la crise – estimé à l’équivalent de 10 000 équivalents temps plein par le CNPC – a ainsi permis de faire prendre conscience des capacités non négligeables des AASC, jusque-là absentes des radars du ministère de la Santé. De nombreuses initiatives locales ont servi d’exemples à suivre au niveau national, que ce soit en bilatéral (FNPC), ou en mode inter associatif (Croix-Rouge Française, Fédération française de sauvetage et de secourisme et Ordre de Malte France).

Repositionner les AASC sur le curseur de la chaîne de secours
(c) Sylvain Ley

L’engagement des bénévoles de sécurité civile auprès des populations fragiles, dans les centres de dépistages, les SAMU, et aujourd’hui dans la campagne de vaccination montre leur réactivité et révèle l’étendue de leurs compétences multiples. Des compétences méconnues jusqu’ici par le ministère de la Santé. « Le ministère semble avoir découvert l’étendue du programme PSE, explique Joël Prieur. Mais une fois compris que nos équipiers savaient prendre les constantes, manier du matériel médical, dresser un bilan, détecter des détresses psychologiques, etc.., les professionnels de santé ont ensuite accepté et intégré les associatifs dans certaines équipes médicales ou paramédicales, que ce soit sur le terrain ou dans les établissements (EHPAD, hôpitaux..). »

La crise a donc permis de repositionner les AASC sur le curseur de la chaine des secours, et de développer les synergies, en améliorant notamment le dialogue interministériel. Preuve en est avec les derniers textes co-signés par les ministres de l’Intérieur et de la Santé : Circulaire interministérielle du 21 octobre 2020 relative à l’emploi des AASC dans le cadre de la crise Covid-19, Instruction interministérielle du 30 décembre 2020 relative à l’organisation et au déploiement des équipes mobiles « tester-alerter-protéger » (TAP), ou encore Circulaire interministérielle du 14 janvier 2021 relative au nouveau dispositif d’accompagnement à l’isolement par les cellules territoriales d’appui à l’isolement (TAI).

Quel avenir ?

« L’interministérialité, enfin ! », se félicitent de nombreux acteurs du secours, du soin d’urgence et du soutien aux populations. « L’urgence nationale autour du Covid a servi la cause des bénévoles des AASC en les sortant de leurs missions habituelles (DPS, soutien aux populations sinistrées…) et en les rapprochant des blouses blanches, estime Joël Prieur. Le nouveau plan gouvernemental a été lancé le 15 janvier dernier. Maintenant, on va voir si ce « mano a mano » fonctionne bien. » Et s’il s’inscrit dans la durée… Il permettrait ainsi de vérifier un autre précepte, à savoir que « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

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