Covid-19 : le Sénat pointe « l’impréparation » du pays

Rendu le 10 décembre dernier, le rapport n°199 de la Commission d’enquête du Sénat revient sur la gestion de la crise liée à la pandémie de Sars-Cov-2 par l’État français. Et le bilan est plutôt en sa défaveur.

Le rapport de plus de 450 pages se fixait sept points d’examen :
– l’état de préparation de la France à la veille du déclenchement de l’épidémie – la gestion de la crise sanitaire par les responsables politiques et administratifs ;
– les choix faits par la France, à la lumière des enseignements que l’on pourrait tirer des pays européens et asiatiques qui ont semblé mieux anticiper et gérer cette crise;
– la gouvernance de la crise, les difficultés rencontrées par les personnels soignants, la gestion de la pandémie par les structures hospitalières ainsi que par les agences régionales de santé (ARS) ;
– l’analyse des pénuries constatées ;
– la situation spécifique à laquelle les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ont été confrontés ;
– la communication de crise.

Rendues publiques le 10 décembre dernier, les conclusions de ce rapport pointent de réels dysfonctionnements dans la gestion de la crise par les pouvoirs publics. « Dans la réponse à la crise, vos rapporteurs font le triple constat d’un défaut de préparation, d’un défaut de stratégie ou plutôt de constance dans la stratégie et d’un défaut de communication adaptée », peut-on lire dès les premières pages du rapport. Reconnaissant que la France n’était pas prête face à l’épidémie, les rapporteurs atténuent un peu leurs propos en rappelant cependant qu’aucun pays européen ne l’était réellement. Outre le manque de matériel et d’équipements, la « réaction tardive des responsables politiques », « la lenteur dans la transmission des informations », c’est aussi la communication de crise qui a posé d’énormes problèmes. « À l’ère de la post-vérité, une crise de la communication a mis à mal la crédibilité de la parole publique et scientifique, dont les effets seront durables », analysent les sénateurs.

Des propositions

Ce rapport, très fourni et très instructif, ne veut pas cependant endosser uniquement le rôle de censeur en pointant du doigt le mauvais élève. « L’ambition et la mission de la commission d’enquête ne sont pas de réécrire l’histoire ou d’en avoir une lecture anachronique en passant les événements à la lumière des connaissances d’aujourd’hui, le « passé au tribunal du présent ». Il s’agit davantage d’établir des faits de manière dépassionnée, de retracer le chaînage des responsabilités, d’identifier les causes des dysfonctionnements et de proposer pour l’avenir des améliorations. » Une liste de propositions est ainsi publiée dans le rapport. On peut y trouver par exemple :
– prévoir la constitution de stocks de crise de masques chirurgicaux et FFP2 ;
– pour éviter les déprogrammations, structurer des filières de prise en charge à l’échelle régionale ou inter-régionale afin de garantir la continuité des soins notamment dans des pathologies lourdes ;
– créer une fonction de délégué interministériel à la préparation et à la réponse aux urgences sanitaires (Diprus), placé auprès du Premier ministre et chargé de coordonner une réflexion et une vigilance interministérielles permanentes sur l’état de préparation du pays aux crises sanitaires et d’en rendre compte tous les ans au Parlement ;
– Élaborer, sous la responsabilité du délégué interministériel à la préparation et à la réponse aux urgences sanitaires, un plan de mobilisation face à un risque pandémique et comprenant un schéma de gouvernance de crise, une boîte à outils de mesures sanitaires et non sanitaires et un volet capacitaire et logistique ;

Si ces propositions sont extrêmement pertinentes, on s’étonne cependant de les voir formulées de façon post-crise, et qu’elles ne soient pas depuis longtemps des réalités. Espérons que les responsables politiques actuels sauront les entendre et les appliquer, et qu’elles resteront pérennes tout au long des mandats gouvernementaux futurs.

Téléchargez le rapport ici

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