Dossier #51 : Enseignement du secourisme – Des efforts, mais peut mieux faire

Sur le papier, l’organisation de l’enseignement des gestes de secourisme semble efficace et bien adaptée. De la maternelle au lycée, un continuum pédagogique s’est mis en place et semble faire consensus. Reste que, dans la pratique, certaines problématiques viennent quelque peu gripper le système…

“Il faut impliquer davantage les Français dans la sécurité et la protection civile, notamment par la formation aux gestes qui sauvent ; il faut faire du citoyen le premier acteur de sa sécurité, la sienne mais aussi celle des autres. […] Je souhaite ainsi que nous nous fixions l’objectif de former 80 % de la population à ces gestes. » Prononcé le 6 octobre 2017 face aux forces de sécurité civile mobilisées sur l’extinction des feux deforêts et suite au passage des ouragans Irma, José et Maria, ce discours d’Emmanuel Macron a, semble-t-il, eu une forte résonnance auprès des acteurs impliqués, de près ou de loin, dans la sensibilisation ou l’apprentissage des gestes qui sauvent. Et en première ligne : l’Education nationale. Cette injonction présidentielle n’est pourtant pas à l’origine de l’organisation de l’enseignement du secourisme au sein de cette institution. Il a eu simplement pour effet de « relancer la machine », en fixant un cap ambitieux. « Le discours du président de la République a été un élément déclencheur, explique Catherine Bachelier, adjointe au sous-directeur des services d’incendie et des acteurs du secours au sein de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). En 2015, il y avait déjà eu une prise de conscience à la suite des attentats, qui a abouti à la formation Gestes qui sauvent. C’est à cette époque que l’Education nationale a commencé à muscler son programme d’enseignement du secourisme. » Mais l’histoire de cet enseignement – quelle que soit la forme du programme – ne date pourtant pas d’hier, malgré le peu de pourcentage d’élèves formés encore aujourd’hui. Elle a, a minima, 15 ans. Et il n’est pas utopique de penser qu’une datation au carbone 14 nous entraînerait encore plus loin dans le passé (le Bulletin officiel de l’Education nationale de 1997 y faisait déjà référence). C’est cependant deux lois de 2004, l’une dite de Modernisation de la sécurité civile et l’autre de Santé publique, qui creusent les fondations de l’enseignement des gestes qui sauvent sur les bancs de l’école. Depuis, à grands coups de circulaires et autres décrets, cet enseignement a pris des formes diverses pour arriver aujourd’hui à un continuum pédagogique bien arrêté. A l’école (maternelle et primaire) : mise en place du dispositif APS (Apprendre à porter secours). Au collège et lycée : sensibilisation des élèves aux Gestes qui sauvent (GQS) et formation au PSC1 (avec une formation continue au lycée). Sans oublier le SST (Sauveteur secouriste du travail) pour les élèves des filières professionnelles. Ce continuum pédagogique semble désormais durablement établi et répondre à des exigences et une ambition qui font consensus. Reste que dans sa mise en place effective, certains facteurs tendent à gripper un peu la machine.

 

Et pour une fois, ce ne sont pas les moyens financiers qui sont insuffisants, mais bien les moyens humains.

 

La question de l’autonomie

« Le continuum APS/GQS/PSC1-SST est désormais inscrit dans le marbre au sein de l’Education nationale, affirme le capitaine Marc Monti, de la section secourisme de la DGSCGC. Elle est cependant confrontée à des contraintes logistiques et de ressources humaines qui font que, selon l’académie, tout le monde ne va pas à la même vitesse. Mais la volonté d’y arriver est partagée par tous. » Objectif affiché par l’Education nationale : former 100 % des élèves de troisième au PSC 1 d’ici 2022. Chrystelle Brulé, infirmière scolaire depuis neuf ans et secrétaire fédéral CFDT-SGEN, n’y croit pas du tout. « L’enseignement du secourisme à l’école est indispensable dans le parcours d’un futur citoyen, mais les moyens mis à disposition ne sont pas à la hauteur de l’objectif visé. » Et pour une fois, ce ne sont pas les moyens financiers qui sont insuffisants, mais bien les moyens humains. Le manque de formateurs semble cruel au sein de l’Education nationale, qui a fait le choix de l’autonomie pour dispenser l’enseignement du secourisme aux élèves. Pourquoi ce manque ? D’abord une formation longue – qu’il faut organiser en plus de son travail quotidien – pour devenir formateur mais surtout un manque d’uniformité sur l’ensemble du territoire. En effet, selon l’académie, voire l’établissement scolaire, tous les formateurs, qu’ils soient professeurs ou personnels de santé comme les infirmiers scolaires par exemple, ne sont pas logés à la même enseigne. « Selon l’académie, si vous faites une formation au collège, vous avez une indemnité, si vous la faites au lycée ou en BTS, vous n’avez rien, s’indigne la secrétaire fédérale CFDT. Il y a de trop grosses différences de rémunération ou de reconnaissance du statut de formateur en fonction du territoire et cela entraine un manque d’investissement de la part des candidats. » Le fossé est donc encore grand entre l’autonomie recherchée par l’Education nationale pour former ses élèves, et le vivier de formateurs nécessaires – professeurs, personnels de santé scolaire – prêts à s’engager dans cette voie. C’est pourtant l’un des prérequis pour que chaque élève de France puisse sortir du lycée avec son PSC1 en poche.

Sylvain Ley

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