Billet d’humeur #43 : Dominique Létang, guide de montagne

“Gardez les distances !”

L’épouvantable drame de l’incendie du tunnel du Mont-Blanc, en 1999, est encore présent dans tous les esprits. Depuis, des distances de sécurité entre les véhicules ont été mises en place pour notre sécurité et celle des autres, tout en nous rappelant les effets d’un accident en chaîne. C’est moins la peur de la sanction que celle d’être pris dans un éventuel brasier, qui fait qu’on les applique, généralement. Ne pourrait-on pas imaginer de s’imposer de vraies distances, à nous randonneurs, puisqu’en montagne, espace de liberté, la loi ne saurait nous l’imposer ?
Le fait remarquable de ces derniers hivers est le nombre très élevé d’emportés au cours d’une même avalanche. Cela peut s’expliquer, en partie, par la présence d’une couche fragile formée de grains anguleux, souvent observée, particulièrement épaisse cette année, et ce dans tous les massifs, et qui n’a cessé d’être un piège, notamment dans les zones ombragées.
Du coup, en situation avalancheuse avérée, la question du nombre de randonneurs composant un groupe est posée. Comment gérer un passage délicat (à la montée) qui prendra cinq minutes par randonneur ? A dix, ce franchissement demandera cinquante minutes, ce qui n’est pas envisageable. A la descente, l’euphorie l’emportant parfois sur la raison, il est difficile d’observer un espacement conséquent, dans une pente douteuse. Le niveau des skieurs conditionnera aussi le respect des distances.
Aussi, pour plusieurs raisons (respect des horaires fixés, sécurité, prise de décision) un petit groupe, qui plus est d’un niveau homogène, sera moins vulnérable. Quant aux groupes importants en nombre, ils auront toujours la possibilité de se scinder et de parcourir des itinéraires, proches les uns des autres, mais bien distincts. En
continuant le raisonnement, il n’est pas incongru également d’envisager des départs différés, depuis le parking, pour éviter tout attroupement ou regroupement.
Le mot d’ordre est donc : DISTANCES. Il s’agit d’exposer le moins de personnes au danger : espacements conséquents à la montée, un par un à la descente… Ces consignes devraient devenir des réflexes.
Enfin d’un point de vue humain, prendre des distances a une toute autre signification : ce n’est pas parce que le leader (ou un autre membre du groupe) vous dit ceci ou cela, que vous devez le prendre pour argent comptant, au risque de vous voir embarqué(e) dans une aventure que vous ne souhaitiez pas. De nombreux témoignages font état de situations ambiguës, au cours desquelles des randonneurs ont remarqué des signes évidents d’instabilité du manteau neigeux, mais n’ont pas osé le dire ou lorsqu’ils ont osé, n’ont pas été entendus.
Un conseil : faites votre propre analyse, débattez, et prenez de manière collégiale la bonne décision. Celle de renoncer, dans certains cas, n’est pas à exclure…

Dominique Létang

Dominique Létang, guide de haute montagne, directeur de l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (ANENA)

 

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