Hommage à notre confrère, Jean-Claude Deslandes

Notamment connu pour le sérieux et la ténacité avec lesquels il a dirigé pendant plus de 20 ans les revues Urgence Pratique et 3SM Mag, le Dr Jean-Claude Deslandes était un de nos fidèles experts et soutien. Nous retiendrons sa bonne humeur et son éternelle bienveillance à l’égard de toutes les initiatives au service de l’urgence pré-hospitalière dont il aura été à la fois un membre actif et un observateur privilégié. Zoom sur son parcours avec le médecin général Henri Julien, membre de l’Académie de médecine.

Le Dr Jean Claude Deslandes s’est éteint dimanche 29 mai à Montpellier (34) des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 76 ans, années marquées par l’intense activité que lui autorisaient une santé de sportif marathonien alors préservée, une curiosité et une activité intellectuelle incessante, une ouverture chaleureuse aux autres.

Fils d’instituteur, ce brillant élève sera bientôt docteur en médecine de la faculté de Montpellier dont Rabelais avait également été élève puis diplômé d’anesthésie-réanimation et promis à la carrière linéaire du spécialiste indispensable. Mais son activité débordante ne s’arrêtera pas là. Jeune diplômé, il effectue ses obligations militaires comme VAT à la Réunion. Cet épisode va marquer le jeune ardéchois au léger accent du sud et lui donner envie d’ouvrir son horizon.

Son maître en spécialité, le regretté professeur Louis Serre fondateur du SAMU 34 en 1963 et médecin-chef du SDIS 34, va devenir son mentor et lui donner la passion de la médecine pré-hospitalière que cet hyperactif va préférer à la stabilité de l’anesthésie au bloc opératoire. Comme Louis Serre, il va se passionner pour le secourisme et ce qui va devenir la médecine d’urgence.

A cette époque, dans beaucoup de départements, les responsables de SAMU sont également ceux des services médicaux des SDIS et Jean-Claude Deslandes sera en même temps médecin du SAMU et médecin chef du SDIS de l’Hérault puis contractuel dans le Gard.

A cela il ajoute une participation aux activités de french doctor pour médecin sans frontière qui l’amène à s’engager auprès de toutes les populations souffrantes : c’est lors du séisme de Mexico en 1985 que je le rencontre pour la première fois. Depuis 72 heures sans discontinuer il se bat, avec son équipe de sauvetage-déblaiement au dégagement de victimes de l’effondrement de l’hôpital central, pour dégager un médecin incarcéré mais capable de parler et dont on entend la voix au fond du tunnel aménagé par les sapeurs-pompiers dans le millefeuille constitué par l’empilement des planchers de béton. On le retrouvera en Macédoine, en Iran au Sri Lanka, en Indonésie… au sein de l’ESCRIM de la sécurité civile.

Cette triple activité de « samutard », de médecin sapeur-pompier, de médecin de catastrophe va déterminer son orientation définitive : doté d’un réel don d’enseigner, d’une plume alerte il va se consacrer à transmettre un enseignement dans le domaine de l’urgence, spécialité encore débutante et de créer une revue consacrée à l’urgence.

Dès 1987, il organise à Valabre un enseignement de médecine d’urgence destiné aux médecins généralistes participant à l’aide médicale d’urgence (AMU) sous la forme de stages au programme très ouverts dans le style de son maître Louis Serre incluant du secourisme, de la médecine d’urgence et de situations exceptionnelles comme la médicalisation de l’hélicoptère qui va rester une de ses passions. Très intéressé par la pratique anglo-saxonne, avec ses amis canadiens, il va introduire en France l’ATLS, le BLS, l’ALS, le PHTLS s’attirant quelques fois la critique des universitaires français. Ces dernières années il rédige plusieurs romans et signe des éditoriaux sur la crise sanitaire.

En 1992 il fonde Urgence Pratique. Une revue médicale destinée à promouvoir la médecine d’urgence sous la forme non pas d’une revue savante, mais d’un magazine sérieux capable d’accueillir partage et retours d’expériences, articles scientifiques, chronique de l’évolution des techniques, avec chaque année quelques numéros à thème. Abondamment illustrée, d’excellente présentation, dotée d’un comité de lecture exigeant, la revue aura pendant 20 ans un succès certain. Elle va transformer notre médecin en journaliste dont il acquerra le statut et toutes les obligations du métier de patron de presse : gestion des personnels, recherche de financement, obligation de rédactionnel et de lectorat. Activité passionnante à laquelle il va consacrer toute son énergie tout en gardant une activité médicale dans le domaine de l’urgence.

Ajoutons que Jean-Claude Deslandes était un homme généreux, ouvert aux autres, doté d’une sensibilité rare alliée à un caractère déterminé mais toujours soucieux d’autrui. Il était sportif et en avait le caractère, ne redoutant pas l’affrontement, aimant le travail en équipe mais dans le respect des règles.

Le Dr Deslandes avait deux filles adoptées avec son épouse Danielle, Marie-Alix et Lucie-Mai d’origine asiatique. Nous les assurons de nos sentiments attristés comme à toutes celles et ceux qu’il a côtoyés et aimés.

Dr Henri JULIEN, qui a été son ami                                 


		

Nicolas Lefebvre

Journaliste dans la presse économique depuis 2002, il publie également un livre d’investigation aux éditions de l’Archipel en 2010. Secouriste bénévole, sauveteur aquatique et moniteur de premiers secours depuis 2004, il consacre sa maîtrise d’Histoire contemporaine à l’institutionnalisation du secourisme au sortir de la seconde guerre mondiale. En 2011, il fonde Oxygène Editions afin de publier Secouriste Magazine – devenu Secours Mag en 2017 – dont il assure aujourd’hui la rédaction en chef.

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