Billet d’humeur #51 : Christophe Prudhomme

“ La crise des urgences est celle de notre système de santé ”

La situation des urgences est le miroir grossissant de tous les dysfonctionnements de notre système de santé. En ville, il n’y a pas assez de médecins généralistes et ils sont débordés – il faut savoir que leur nombre a diminué de près de 10 000 en 20 ans. A l’hôpital, la crise est liée aux fermetures massives de lits, plus de 100 000 en 20 ans. Les conséquences pour les patients sont gravissimes. Des études françaises et internationales ont montré que le fait de rester sur un brancard pendant des heures en attente d’un lit, entraînait une surmortalité tous patients confondus de 9 % et de près de 30 % pour les patients les plus graves. Le nombre de patients concernés est énorme : en un an, près de 190 000 patients ont été « hospitalisés » sur des brancards dans l’ensemble des hôpitaux français.

Pourquoi en sommes-nous là aujourd’hui ? Il s’agit des conséquences des politiques de réduction budgétaire successives depuis 30 ans, associées à une diminution drastique du nombre de médecins formés qui permet aujourd’hui au gouvernement de fermer des structures faute de praticiens. Cependant cet argument est un peu facile, car s’il existait une véritable politique de régulation de l’installation des médecins en ville et de l’affectation des médecins dans les hôpitaux, la situation serait différente.

Quelles sont les revendications des personnels en grève ? Des embauches car le nombre de passages aux urgences a doublé depuis la fin des années 90 et les effectifs n’ont pas suivi. Rien que pour les services d’urgence adultes de l’AP-HP, il manque 700 agents pour être en phase avec le référentiel de l’association professionnelle SAMU-Urgences de France dont l’objet est de définir le nombre de personnels nécessaires pour assurer la sécurité des patients. Le deuxième point concerne les lits afin de soulager immédiatement la charge de travail en supprimant ce qui est appelé les « hospitalisations brancard ». Enfin, la troisième revendication concerne les salaires qui sont dramatiquement bas quand on sait que les infirmières en France sont parmi les plus mal payées de tous les pays de l’OCDE, sans parler des salaires de misère des aides-soignants.

Au-delà des réformes structurelles de notre système de santé, il y a donc urgence à ce que la ministre de la Santé ouvre des négociations avec les représentants des personnels afin de pouvoir passer l’été à venir et l’hiver prochain dans de meilleures conditions pour la sécurité des patients et la santé des personnels qui sont aujourd’hui épuisés.

 

© DR

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF),délégué national de la CGT santé

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