Reportage #33 : Survie en mer, gérer l’imprévu

Périodiquement, les pilotes et les mécaniciens de bord des aéronefs de la Sécurité civile ou des douanes participent à un stage de survie en mer, dans l’hypothèse où ils seraient confrontés à un crash. Reportage en immersion avec les sauveteurs des airs.

En ce mardi matin estival, la température est déjà élevée à Martigues (13). Une dizaine de personnels naviguant des hélicoptères et avions des douanes ou de la Sécurité civile récupèrent un à un les clés de leurs bungalows individuels. Le cadre est idyllique : un village de vacances arboré au milieu duquel trône une piscine. L’atmosphère est détendue, plusieurs stagiaires se connaissent déjà. Philippe Lain, responsable du stage, les accueille chaleureusement. « Installez-vous, puis rendez-vous à 9 heures au bord de la piscine. » Dans l’univers du secours, les conditions de travail ne sont pas toujours de cet acabit… Mais c’est en quelque sorte le calme avant la tempête. Pour les pilotes ou les mécaniciens de bord, l’air est leur environnement de prédilection. Mais pendant trois jours, ces hommes volants vont devoir apprendre à se débrouiller dans et sous l’eau, un milieu qu’ils appréhendent pour la plupart.

 

Dans l’eau, le corps se refroidit et conserve les fonctions neurologiques.

 

Arrimés à leurs sièges à l’intérieur de la gloutte,les stagiaires doivent gérer leur appréhension et suivre les différents exercices proposés.

 

Sur les bords de la piscine, bermudas et tongs ont laissé place aux combinaisons de vols. William, l’un des formateurs, a aligné à côté du bassin d’étranges petites bouteilles jaunes. Dans l’eau, des cerceaux immergés, des filets et autres objets flottants semblent dessiner un parcours atypique. L’objectif de la matinée est double. Pour les stagiaires, le but est avant tout d’appréhender en douceur le milieu aquatique, et de réaliser des exercices de nage et de ventilation. Pour les formateurs, la finalité est d’identifier les profils, l’aisance ou non de chacun dans l’eau. « Tout le monde a déjà nagé dans une piscine ? », questionne William face au groupe qui corrobore. « Eh bien là, c’est pareil, sauf que vous serez habillés. Vous verrez, cela change un peu la donne… » L’un après l’autre, chaque stagiaire s’élance sur le parcours, aidé pour les parties subaquatiques par cette fameuse bouteille jaune, une « Spar », qui leur offre quelques bouffées d’air salvatrices. L’exercice n’est pas très compliqué, mais la technique de respiration avec la Spar demande un peu d’entraînement… Une fois séchés et changés, les stagiaires passeront le reste de la journée à suivre des cours théoriques et pratiques. En salle de cours, le Dr Mathieu Coulange, spécialiste de la médecine hyperbare, explique aux pilotes les bases de la survie en mer, les caractéristiques de l’hypothermie. « Dans l’eau, le corps se refroidit et conserve les fonctions neurologiques. Une personne en bonne santé qui est restée sous l’eau jusqu’à une heure sans possibilité de ventiler peut être ranimée », explique le médecin face au groupe interloqué. La première journée se termine par des cours de secourisme adapté en mer ainsi qu’à l’utilisation du matériel de survie.

 

Ce n’est pas tout à fait naturel d’être sanglé à un fauteuil au fond de l’eau.

 

gloutte

Un exercice nouveau cette année : l’enfumage de la gloutte. Les stagiaires doivent donc s’en extraire sans faire appel à leur vision… et sans paniquer bien sûr !

 

Jusqu’ici, tout va bien

Mercredi matin. Rendez-vous est donné sur le littoral. Le bateau de l’École d’application de Sécurité civile (EcASC) de Valabre, piloté par le capitaine Jean-Jacques Grenaud, directeur de l’école nationale de plongée, est à quai. La matinée est consacrée au travail en mer. Les stagiaires vont désormais réaliser des exercices de nage loin de la côte, et apprendre les techniques de flottaison en grappe pour s’économiser et se réchauffer. Les visages sont déjà plus crispés, car le milieu naturel est plus hostile qu’une simple piscine. Mais la véritable épreuve est à suivre : celle de la gloutte ! À l’arrière du bateau, une cage métallique reprenant la configuration d’une cabine d’hélicoptère ou d’un avion est immergée dans l’eau de mer. Charge aux stagiaires, arrimés à leurs sièges, de s’en extraire. « Ce n’est pas tout à fait naturel d’être sanglé à un fauteuil au fond de l’eau », avoue Pierre avec une certaine appréhension. Différents exercices sont prévus : sortie simple du personnel, extraction d’un mannequin symbolisant un collègue inanimé, nage jusqu’au canot de survie… Des manœuvres peu évidentes, surtout quand la gloutte, en plus d’être immergée, se retourne sur elle-même ! Les sourires se figent peu à peu, mais chacun se prête « au jeu », même si rien n’est imposé. Cette année, un nouvel exercice est proposé : la fameuse gloutte est complètement enfumée, afin de voir comment les stagiaires s’en extraient sans faire appel à leur vision. « Toutes ces situations sont extrêmement importantes sur le plan pédagogique, explique le Dr Natacha Jacquier, qui assure la sécurité médicale des stagiaires. Nous nous sommes aperçu qu’en situation extrême, nous refaisions naturellement les gestes que nous avons appris, même rapidement. » C’est d’ailleurs l’objectif de cette formation. Si les crashs en mer sont rares, le risque zéro n’existe pas, et l’histoire a montré que ce stage a déjà porté ses fruits.

Sylvain Ley

stage sauvetage en mer

Les stagiaires passent leur première journée en piscine pour appréhender le milieu aquatique, avec notamment l’apprentissage de la Spar, avant d’affronter le milieu marin le lendemain.

 

philippe lain

Philippe Lain, officier des douanes, responsable du stage

En pleine mer, tout seul, nous ne sommes rien

« Le plus important dans un tel stage, c’est la notion de mental et de groupe. Dès le départ, nous travaillons sur la force de l’équipage plus que sur la technicité. Je crois pour ma part beaucoup plus au collectif qu’à l’individuel, car c’est grâce à cela que nous pouvons survivre. En pleine mer, tout seul, nous ne sommes rien. Les exercices que nous réalisons ici montrent aux stagiaires à quel point ils peuvent être forts s’ils travaillent ensemble. »

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