Billet d’humeur #36 : Michèle Merli

La protection civile, une grande cause nationale qui doit être permanente

La réussite du genre humain « sapiens » est largement basée sur sa capacité à solidariser son action individuelle dans un groupe et à volontairement venir au secours de son prochain. Cette aptitude et cet élan ont forgé nos sociétés humaines dans un enchaînement d’actions où chacun a une place utile. Avec le développement des sociétés modernes, ces fonctions ont peu à peu été déléguées à des professionnels : armée, police, pompiers, médecins, services d’urgence… au détriment d’un engagement personnel, oubliant cette aptitude civilisatrice de chacun au « secours mutuel » et mésestimant ce que comporte comme don de soi l’engagement de ceux auxquels nous avons confié cette mission.
La réponse de protection civile, ce n’est pas seulement l’efficacité de l’appel au 15, 17, 18, 112 et le recours aux urgences, elle doit aussi engager chacun de nous : c’est l’affaire de tous, ainsi que l’affirme la loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004.
En complément à nos services professionnels, il y a en particulier les engagés volontaires aguerris, les 70 000 secouristes bénévoles formés et actifs dans les associations agréées de sécurité civile, et plus de 100 000 bénévoles mobilisables dans ces associations pour apporter leur soutien aux populations. Aujourd’hui, tous ces acteurs sont sollicités au-delà de leur capacité, de leurs forces alors que beaucoup de nos concitoyens souhaitent être utiles à eux-mêmes, à leur entourage, à la société.
Pourquoi la loi de 2004 met-elle tant de temps à s’appliquer ? En particulier pourquoi si peu d’enfants encore sont-ils formés à cet apprentissage de protection civile portant solidarité utile et force collective efficace ?
Il y aura toujours des risques à affronter, connus ou inconnus. Apprendre la prévention possible et les actions de résilience, c’est redevenir un acteur utile, c’est aussi permettre de comprendre mieux ceux qui agissent pour notre sécurité, les estimer et agir en harmonie avec eux pour la protection de tous. La sécurité globale sera considérablement renforcée par cette résurgence de notre capacité au « mutuel secours » ; c’est pourquoi il faudrait que la protection civile soit érigée en grande cause nationale permanente.

 

Michèèle Merli

Préfète (h) Michèle Merli,présidente du Conseil national de la protection civile (CNPC)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share
X