Edito

Édito n°93

L’heure des comptes

Cette fois, il y a vraiment le feu au lac. Après un été tout aussi historique que révélateur du futur qui se dessine sous nos yeux, l’heure n’est plus à l’esbrouffe. Et si l’on pensait que la reconnaissance émue des populations, largement médiatisée, pouvait suffire, les syndicats de pompiers entendent bien prouver le contraire en engageant ces jours-ci le bras de fer avec le gouvernement. Les représentants des sapeurs-pompiers annoncent la couleur : le mouvement de grève entamé le 8 septembre pourrait bien durer six semaines.


En cause : les moyens dévolus aux missions des soldats du feu bien sûr. Dans un contexte où les finances des collectivités territoriales sont exsangues, les bâtiments et le matériel se dégradent à vitesse grand V. Autre motif de colère : la santé des personnels particulièrement exposés cet été lors des mégafeux. Le risque relève à la fois du court terme (plusieurs décès cet été sans compter les très nombreuses intoxications directes aux fumées) et du long terme (les EPI sont décriés). En 2022, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) classait d’ailleurs l’exposition professionnelle des sapeurs-pompiers comme « cancérogène »… Des voix s’élèvent aujourd’hui pour bannir le terme « héros » qui sous-entendrait l’acceptation d’un sacrifice rappelant que les sapeurs-pompiers sont avant tout des hommes et des travailleurs. Enfin, le manque de personnel est sur toutes les lèvres. Les syndicats réclament l’embauche de 21 000 nouveaux sapeurs-pompiers professionnels.


Suite au Beauvau de la sécurité civile, lancé en 2024 par le ministère de l’Intérieur, une nouvelle loi de modernisation de la sécurité civile est attendue (lire notre enquête dans Secours Mag n°89, pages 14 à 20). Alors que le fossé se creuse entre l’augmentation toujours exponentielle de la sollicitation des secours et ses moyens, que le réchauffement climatique dégrade les conditions de travail et d’engagement de tous les professionnels (pas seulement des sapeurs-pompiers), nous nous trouvons face à un véritable choix de société. Si le modèle d’engagement citoyen à la française est vanté, la question se pose de son adaptation aux temps que nous vivons. Certains dénoncent même un « système low cost ».


Il y a en tout cas urgence à agir pour sécuriser l’ensemble des acteurs de l’urgence pré-hospitalière. Il faudrait en effet être pyromane pour ne pas entendre ces revendications.

Nicolas Lefebvre

Nicolas Lefebvre

Journaliste dans la presse économique depuis 2002, il publie également un livre d’investigation aux éditions de l’Archipel en 2010. Secouriste bénévole, sauveteur aquatique et moniteur de premiers secours entre 2004 et 2018, il consacre sa maîtrise d’Histoire contemporaine à l’institutionnalisation du secourisme au sortir de la seconde guerre mondiale.En 2011, il fonde Oxygène Editions afin de publier Secours Mag, puis en 2017, SST Mag. Il assure la rédaction en chef de ces deux titres de presse professionnelle.En 2015, il fonde le salon Secours Expo à Paris Expo, Porte de Versailles qui rassemble l'ensemble des acteurs de l'urgence pré-hospitalière et héberge divers congrès médicaux internationaux. Il en assure la direction jusqu'en 2026.

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