Soins d’urgence : les nouveaux gestes sont arrivés

Attendue avec impatience, la liste des actes professionnels dans le cadre du secours et des soins d’urgence a été publiée au Journal officiel. Sapeurs-pompiers, comme ambulanciers, peuvent désormais étoffer la liste de leurs compétences.

Le 22 avril 2022, deux décrets attendus ont été publiés au Journal officiel. L’un concerne les actes de soins d’urgence relevant de la compétence des sapeurs-pompiers (Décret n° 2022-621) et l’autre des actes professionnels pouvant être accomplis par des ambulanciers dans le cadre de l’aide médicale urgente (Décret n° 2022-629). Ces deux textes, publiés le même jour pour deux acteurs complémentaires du secours d’urgence, énumèrent les actes que chacun d’entre eux peuvent réaliser dans leur pratique d’urgentiste.

(c) Sylvain Ley
Quel contenu ?

Côté sapeurs-pompiers, l’objet du décret précise que ce dernier définit et explique les modalités de mises en oeuvre des « actes de soins d’urgence » qui peuvent être réalisés par les soldats du feu. La sémantique est importante, d’autant que l’objet du décret concernant les ambulanciers – personnels soignants reconnus en tant que tels par le ministère de la Santé début 2022 – publie les « actes professionnels » que peuvent pratiquer les ambulanciers dans le cadre de l’aide médicale urgente (AMU).

Ainsi, les ambulanciers diplômés (DEA) peuvent réaliser, sous la responsabilité du médecin assurant la régulation téléphonique et sous lien constant avec lui :

– prise de température, de pulsation cardiaque et de pression artérielle par voie non invasive ;

– administration en aérosols de produits non médicamenteux ;

– évaluation de la douleur et observation des manifestations de l’état de conscience ;

– recueil du taux de saturation en oxygène ou en monoxyde de carbone par voie non invasive.

Aussi, ils peuvent, sur prescription du médecin régulateur, lorsque ce dernier estime que la situation le requiert :

– administrer en aérosols ou pulvérisation des produits médicamenteux, en présence d’un tableau clinique de :

  1. asthme aigu grave, à condition que la personne soit un asthmatique connu et reçoive ce traitement médicamenteux à titre habituel ;
  2. douleurs aigües ;

– administrer par voie orale ou intra-nasale des produits médicamenteux dans le respect des recommandations de bonnes pratiques des sociétés savantes, en présence d’un tableau clinique de :

  1. overdose d’opiacés ;
  2. douleurs aiguës ;

– administrer des produits médicamenteux par stylo auto-injecteur, en présence d’un tableau clinique de :

  1. choc anaphylactique, lorsque la personne est un allergique connu ;
  2. hypoglycémie, lorsque la personne est un diabétique connu ;

– enregistrement et transmission d’électrocardiogramme à visée diagnostique à l’aide d’un outil automatisé ;

– recueil de l’hémoglobinémie.

(c) Sylvain Ley

Quant aux sapeurs-pompiers (volontaires, professionnels, militaires de la BSPP ou du BMPM confondus), ils pourront réaliser désormais, en autonomie :

– prise de température, de pulsation cardiaque et de pression artérielle par voie non invasive ;

– recueil de la glycémie par captation capillaire brève ou lecture transdermique ;

– administrer en aérosols des produits non médicamenteux ;

– scores de gravité clinique ;

– recueil du taux de saturation en oxygène ou en monoxyde de carbone par voie non invasive.

Aussi, sur prescription du médecin régulateur ou d’un médecin présent sur les lieux, les sapeurs-pompiers sont habilités à pratiquer les actes de soins d’urgence suivants :

– Administrer en aérosols ou pulvérisation des produits médicamenteux auprès d’une personne présentant un tableau clinique de :

  1. asthme aigu grave lorsque la personne est asthmatique connue ;
  2. douleurs aiguës ;

– administrer par voie orale ou intra-nasale de produits médicamenteux dans le respect des recommandations de bonnes pratiques des sociétés savantes, en présence d’un tableau clinique de :

  1. overdose d’opiacés ;
  2. douleurs aigües ;

– administrer des produits médicamenteux par stylo auto-injecteur auprès d’une personne présentant un tableau clinique de :

  1. choc anaphylactique ;
  2. hypoglycémie ;

– enregistrement et transmission d’électrocardiogramme ;

– recueil de l’hémoglobinémie.

Premiers retours à chaud

 » Ce décret est une victoire, entonne le Dr Norbert Berginiat, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. C’est une victoire surtout pour la population. Car ce décret contribue à l’égalité des chances de survie d’une victime sur le territoire à travers le maillage des sapeurs-pompiers « . L’accès à un médecin ou un infirmier reste aujourd’hui en France plus ou moins compliqué en fonction du lieu de la demande de secours. En permettant aux sapeurs-pompiers de pratiquer certains gestes, comme la glycémie ou la réalisation d’un ECG qui sera télétransmis et analysé par un médecin, l’orientation du patient sera plus rapide et plus efficiente.  » Ce décret fait suite à la Loi Matras, continue le Dr Berginiat. Il s’inscrit dans un continuum de la chaine de secours en upgradant les secouristes grâce à l’emploi de techniques modernes « .

Un « upgrade » qui pourtant n’est pas forcément vu d’un bon oeil par une partie de la profession ambulancière.  » C’est un exemple de plus de la volonté des sapeurs-pompiers d’empiéter sur le terrain de la mise en soins « , s’inquiète Guillaume Narguet, secrétaire général de la Chambre nationale des services d’ambulance (CNSA), qui rappelle que les ambulanciers ont été confirmés dans leur rôle de personnels de santé. Ceci étant, la CNSA approuve la parution du décret les concernant, et affirme qu’une grande partie de la profession est satisfaite également.  » La liste des gestes n’est pas exhaustive. Nous aurions pu faire encore mieux. Comme dans toutes négociations (avec le ministère de la Santé et la DGOS), nous avons dû faire des compromis, mais à l’heure actuelle, nous sommes plutôt satisfaits « .

Ces décrets d’application marquent le début d’une volonté proclamée de professionnalisation des acteurs de terrain oeuvrant dans le secours et/ou le soin d’urgence. Malgré les éternelles tensions qui peuvent régner entre les différentes corporations, il semble cependant que l’avenir s’ouvre sur une adaptation du système pour rendre les premiers intervenants plus autonomes, et aller ainsi vers l’efficacité.

3 réflexions sur “Soins d’urgence : les nouveaux gestes sont arrivés

  • 5 mai 2022 à 9h56
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    La remarque concernant les SP qui empiètes sur le travail des ambulanciers pourrait être recevable si tous les jours il n y avait pas des carences d ambulances privées assurée par les SP Pro où Vol
    Jusqu’où ira le système …..

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  • 5 mai 2022 à 10h32
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    Comme souvent les associations de sécurité civile sont oublié

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  • 6 mai 2022 à 7h40
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    Il est normal que les sapeurs pompiers secouristes qui ont reçu une formation qualifiante, ainsi que les ambulanciers professionnels (ces derniers pouvant recevoir aussi une qualification complémentaire au CCA pour intervenir avant le SMUR et/ou les ambulances de réanimation des SP) aient la possibilité d’effectuer des gestes au delà du Secourisme, pour affiner le bilan fonctionnel des victimes avant l’arrivée éventuelle d’un SMUR. Par contre, ce qui est toujours insuffisant, c’est la connaissance par TOUTE LA POPULATION, des gestes de survie ! Soit les 5GESTES QUI SAUVENT face à un accident de la route à rendre obligatoire pour obtenir tout permis de conduire (formation pratique de 4 heures), gestes utiles aussi face aux accidents domestiques et des loisirs. Et « Une vie = 3 gestes » de la Fédération de cardiologie face à l’urgence cardiaque (le plus souvent à domicile), soit au total 6 GESTES DE SURVIE : 1 Alerter les secours – 2 : Baliser les lieux et protéger la ou les victimes – 3 : LVA-Ventiler – 4 : Comprimer les hémorragies externes – 5 : PLS et 6 = MCE. Sachant que la défibrillation est un acte complémentaire au MCE à commencer d’emblée, appareil que l’on trouve rarement à domicile où on a 70% des « malaises » donc arrêts cardiaques. Si d’autres pays que l’on cite souvent ont une population formée à 60-80 %, c’est parce que la formation des gestes de survie est assurée via l’obtention d’un permis de conduire ! Le CAPSU réclame la création d’un ministère de la PROTECTION CIVILE dont l’une des missions essentielles sera l’information et la formation de la population aux GESTES DE SURVIE et à la prévention des accidents de toutes natures !
    Didier BURGGRAEVE, président du CAPSU.

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